Note d'intention

A la croisée de l’art et de l’artisanat, j’ai choisi d’orienter ma pratique vers le faire : prendre en considération les matières, suivre leur mouvement, rentrer en dialogue avec elles.
Le textile, un monde si pluriel, permet d’approcher des matériaux tantôt rêches, doux, mous, fragiles, rigides…

Laine, coton, soie, lin, chanvre : autant d’univers à explorer, à faire dialoguer.
Ma pratique se trouve donc à la croisée de plusieurs mondes, et je m’attache, à ce carrefour, à créer un univers singulier, où la couleur laisse place à la nuance ivoire, où les matières appellent.

Il y a, autour de l’humain, cette incroyable aura qui l’enveloppe, l’oriente, frôle son environnement.
Dans la rencontre – rencontrer l’autre, rencontrer le monde, rencontrer l’oeuvre – il y a cette part d’alchimie, ces sensations qui prennent corps, qui emplissent l’espace, deviennent palpables.

Car marcher, danser, vivre, c’est toucher l’espace, ressentir le monde, goûter au mille et unes impressions sensitives de nos interactions. Par mon travail plastique, je cherche à approcher ces sensations, à les faire transiter d’un rêve vers un possible.
En explorant une palette monochrome, mais fondamentalement polynuancée , je cherche à toucher l’essence du regard : au delà de la perception de la couleur, je veux proposer la perception de la texture, du détail, de l’infime. C’est un monde tactile, sensitif, en perpétuel mouvement. Ce sont des œuvres qui offrent à nos sens une pluralité d’échelles.

Choisir la matière textile est alors allé de soi : travailler le textile, c’est se confronter à une matière mouvante, plurielle, toujours surprenante. En utilisant des fibres naturelles issues de filières respectueuses de l’environnement, le travail plastique se fait manifeste pour un monde plus juste, poétique, libre. Libre de plonger dans l’intime d’une matière, dans l’essentiel d’une relation intime entre artiste, œuvre et regardant. En faisant tomber le mur invisible entre regardant et regardé, public et œuvre, je voudrais offrir un espace de ressenti, protégé des sollicitations extérieures, un temps de pause.
L’usage du numérique – l’utilisation de lumières programmées, de mouvements interactifs commandés par des capteurs – cherche à renforcer le lien intime, sans pour autant passer par le filtre de l’écran, auquel nous sommes continuellement confronté. Le numérique offre alors une possibilité plus poussée de proposer un lien, un répondant. Intrinsèquement humain.
Je voudrais ouvrir une porte entre l’incommensurablement intime de l’artiste et le si profond de celui qui se saisit de l’oeuvre.
/ 2019

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